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Le numérique au service des ruralités

Le jeudi 24 juin, l’Association des Maires Ruraux de France (AMRF), WeTechCare et SFR ont organisé une conférence virtuelle dédiée au déploiement de projets d’inclusion numérique dans les communes rurales. Vous pouvez la revoir en conclusion de cet article, ou sur le site de WeTechCare.

« Le numérique est l’un des moteurs du dynamisme du territoire et de son attractivité », écrivait en mars dernier Joël Giraud, secrétaire d’Etat chargé de la ruralité. Confrontés au transfert des services essentiels et vitaux (banques, administration, hôpitaux, écoles…) vers les métropoles, le numérique représente de fait une opportunité saisissante pour les territoires, notamment ruraux. 

Alors que la crise sanitaire bouleverse les modes d’organisation du travail et favorise le départ des grands pôles urbains, les projets d’inclusion numérique dans les espaces ruraux apparaissent non seulement nécessaires pour répondre aux besoins des habitants (en santé, en formation, en médiation…), mais également pour gagner en attractivité. 

Numérique et ruralités : espace de coworking au Faitout Connecté, dans la communauté de communes de Champagne Picard
A Saint-Erme-Outre-et-Ramecourt (1700 habitants), le tiers-lieu le Faitout Connecté offre (entre autres) un espace de coworking et de télétravail – ©Faitout Connecté

Numérique et ruralités : des rapports pluriels

Selon que l’on adopte l’un ou l’autre des principaux référentiels statistiques de l’INSEE, la part de la population française vivant dans des communes rurales oscille entre 5% et 33%. Conformément au référentiel adopté en 2020, qui définit les communes rurales comme des communes « peu denses ou très peu denses », la France compterait plus de 30 000 communes rurales, rassemblant environ 33% de la population. 

Comme le soulignent les géographes Pierre Pistre et Frédéric Richard, « chacun [de ces référentiels] produit une “réalité” rurale singulière et parfois très différente des autres » (Géoconfluences, 2018). Aussi est-ce à la lumière de ces réalités singulières que les espaces ruraux apparaissent multiples, complexes à saisir et à définir. Les géographes retiennent trois critères pour qualifier un espace rural, à savoir l’occupation du territoire (faible densité de population, davantage d’espaces naturels), la prégnance de l’activité agricole et la part de personnes âgées.

En matière d’inclusion numérique, la spécificité des communes rurales semble donc tenir à l’âge de leurs habitants – l’âge étant le premier facteur d’exclusion numérique – et à leur isolement relatif. L’intérêt du numérique semble ainsi d’autant plus marqué dans les espaces ruraux isolés, où la dématérialisation permettrait de répondre aux problématiques de mobilité induite par l’enclavement et la désertification (médicale, par exemple). C’est du moins en ce sens que le rapport du sénateur Alain Bertrand introduit la notion d’éloignement comme facteur clé de « l’hyper-ruralité », combinant éloignement entre les individus (faible densité de population), entre les individus et les services du quotidien, et entre un territoire et les pôles urbains. 

Les communes rurales demeurent défavorisées quant à l’accès à une connexion de qualité 

En janvier 2018, l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques), les opérateurs de télécommunications et le gouvernement signent un accord pour généraliser la couverture mobile à tous les Français, notamment dans les zones non ou mal couvertes. Si la 4G est désormais accessible via au moins un opérateur sur 92% du territoire et pour 99% de la population, les mesures réalisées par l’ARCEP entre septembre et novembre 2020 font état d’une couverture mobile de moins bonne qualité dans les zones rurales. 

Quant au raccordement à la fibre optique, le cercle de réflexion Terra Nova conclut dans son baromètre de l’action publique que, fin 2020, 85% des locaux des communes des zones très denses étaient éligibles à la fibre, contre 32% des locaux des communes situées en zones peu denses. « Une fracture numérique persiste cependant entre les zones urbaines et périurbaines où près de 80 % des locaux peuvent bénéficier d’une connexion en fibre optique, et les zones rurales et de montagnes qui bénéficient d’une couverture en fibre optique des locaux de seulement 30 % », note Terra Nova. 

Le déploiement de la fibre optique étant aux mains des départements en raison du manque de rentabilité pour les opérateurs, le cercle de réflexion explique ce retard par des degrés d’implication différents des « collectivités territoriales [qui] n’ont pas toutes accordé à la couverture en fibre optique de leur territoire le même niveau de priorité, ni fait preuve de la même implication dans le suivi du déploiement », déplorant par ailleurs des démarches conséquentes pour le mener à terme. A noter tout de même, plus de 90% des 5,8 millions de nouvelles lignes installées en 2020 l’ont été dans les zones moins peuplées.

Accompagner les citoyens des espaces ruraux vers le numérique 

Une étude régionale de l’INSEE publiée en décembre 2020 établit que « les habitants des zones rurales [des Hauts-de-France] ont des caractéristiques en moyenne proches de ceux des territoires plus denses. Ainsi, les taux d’illectronisme des zones rurales et urbaines sont relativement proches ». Autrement dit, en matière d’usages, l’exclusion numérique dans les communes rurales est plus le fait de variables socio-démographiques – à l’instar de la surreprésentation des personnes âgées – que de composantes géographiques. 

Aussi, la différence entre l’accompagnement vers le numérique des habitants des zones rurales et celui des zones urbaines tient moins dans modalités d’accompagnement qu’en leur finalité. En 2018, l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA) insistait dans son cahier Vers une société numérique pleinement inclusive sur l’exclusion numérique des personnes peu ou pas mobiles, privées d’un accès à la formation. « Dans l’incapacité d’apprendre comment utiliser les services, elles en sont privées alors que cela pourrait leur simplifier la vie à bien des occasions », note l’ANSA. 

« Alors même que le numérique permettrait de résoudre les difficultés d’accès physiques aux services généralement plus difficiles d’accès en milieu rural (…), une situation de vie en milieu rural associée à un déficit en mobilité des personnes constitue un frein pour accéder aux services d’appui à l’utilisation du numérique ou à une aide adaptée pour la réalisation de démarches en ligne ».

Cahier Vers une société numérique pleinement inclusive de l’ANSA (juillet 2018)

Accompagnement itinérant et tiers-lieux ruraux

Face au manque de mobilité de certains habitants des zones rurales, plusieurs projets d’inclusion numérique ont opté pour une formation au numérique itinérante. Depuis plus de dix ans, le Sud Charente déploie par exemple un espace numérique mobile, c’est-à-dire un bus équipé d’une dizaine d’ordinateurs et d’une connexion satellitaire à internet. De même dans son dernier rapport d’activités, le mouvement associatif Familles Rurales déclare vouloir porter une « attention particulière» aux publics « isolés et déconnectés », grâce à « la mise en service d’un bus numérique dans les territoires ruraux ». 

Au-delà de l’itinérance, de nouveaux lieux d’accompagnement naissent dans les espaces ruraux, comme à l’Hermitage, tiers-lieu dans l’Oise, où l’acculturation au numérique se déroule en parallèle d’autres projets, liés à l’agriculture ou au vivre ensemble. 


Mener un projet d’inclusion numérique dans une commune rurale demande de la volonté politique et un temps incompressible de mise en place. Forts de six ans d’expérience avec les territoires, WetechCare et Les Bons Clics ont à cœur de pouvoir faire bénéficier les collectivités rurales de retours d’expérience et de bonnes pratiques pour résorber la fracture numérique.

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