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« Notre rôle est d’identifier les fragilités des seniors et les leviers à actionner pour maintenir ou améliorer leur degré d’autonomie » — Grégory Michel, Hérault Pôle

Ce témoignage sur l’accompagnement des seniors a été recueilli dans le cadre de l’accompagnement de WeTechCare auprès de la CARSAT Languedoc-Roussillon.

Créée en 2005, Hérault Pôle est une structure partenaire des caisses de retraite ayant pour rôle d’évaluer les besoins des retraités à domicile, de déterminer les aides dont ils pourraient bénéficier, de les orienter vers des solutions adaptées et de les accompagner dans la mise en œuvre de ces actions.

Chaque année, plus de 2000 évaluations sont réalisées par Hérault Pôle aux domiciles de retraités autonomes (GIR 5 et 6), âgés en moyenne de 83 ans. Les évaluateurs du pôle identifient les fragilités de ces personnes âgées et repèrent les leviers à actionner pour leur permettre d’anticiper et de prévenir la perte d’autonomie.

Le numérique a pris beaucoup d’importance depuis la pandémie et peut avoir un impact important sur l’autonomie des publics les plus âgés, particulièrement exclus des usages numériques

Comment diagnostiquer le niveau d’autonomie numérique des seniors dans ce contexte ? Comment les orienter, ensuite, vers des offres d’accompagnement numérique adaptées ? 

C’est avec ces questions – et d’autres – en tête que le média Les Bons Clics a échangé avec Grégory Michel, responsable coordinateur de Hérault Pôle.


Les Bons Clics : Comment se déroule l’évaluation à domicile des seniors réalisée par Hérault Pôle ?

Grégory Michel : Le rôle du pôle évaluateur consiste tout d’abord à détecter les besoins des retraités au travers d’une visite à domicile. L’évaluation s’appuie sur un formulaire (SIREVA support inter-régime d’évaluation) organisé en rubriques, composé d’une vingtaine de pages et de plus de 100 questions qui couvrent un large champ de thématiques. L’état de santé, les conditions de vie, la vie sociale, l’habitat ou la mobilité des retraités font partie des nombreux sujets abordés. 

Les réponses des retraités aux questions permettent de déterminer un niveau de perte d’autonomie selon la grille AGGIR ainsi qu’un niveau de fragilité déterminé par l’outil FRAGIRE. En fonction de leur degré d’autonomie, de fragilité et de leurs besoins, nous élaborons un plan d’aides auxquelles ils peuvent prétendre.

Le rôle de l’évaluateur.trice est d’élaborer des plans d’actions répondant à ces besoins, d’informer et d’orienter les retraités sur des aides et dispositifs adaptés, de les conseiller et dans certains cas de les accompagner. L’adhésion des séniors est impérative à la validation du plan d’action qui doit être co-construit dans le respect de leurs choix de vie.

Certaines aides accordées sont temporaires quand d’autres peuvent être renouvelées ou adaptées en fonction de l’évolution de la situation des retraités. Autrement dit, nous sommes amenés à revoir périodiquement certains retraités pour ré-évaluer leurs besoins.

Les Bons Clics : Quelle place prend le numérique dans l’évaluation générale de l’autonomie des seniors réalisée par Hérault Pôle ?

Grégory Michel : Hérault Pôle réalise une évaluation multidimensionnelle de la situation des retraités. Bien que les questions ne soient pas directement liées au numérique, ses usages sont transverses aux nombreuses thématiques abordées : l’utilisation de services en ligne de santé comme Doctolib pour prendre rendez-vous chez le médecin, réaliser une démarche administrative, réserver un billet de train en ligne pour voyager…  Une détection indirecte des besoins numériques est ainsi possible.

Une seule des questions du diagnostic est en lien direct avec les usages numériques et porte sur l’utilisation d’Internet par les retraités. Cette question est intégrée au volet vie social du formulaire et précède volontairement une question relative au sentiment de solitude des personnes interrogées, internet pouvant être aujourd’hui un outil important pour maintenir du lien social.

Extrait du formulaire (2016)

Les Bons Clics : Les seniors sont-ils réceptifs aux accompagnements numériques que vous leur conseillez ? 

Grégory Michel : A la suite du diagnostic des besoins des seniors, nous leur proposons différentes offres dans le cadre du bien vieillir. Des heures d’accompagnement, le financement de certaines actions de prévention, ou encore des ateliers collectifs sont préconisés dans un plan d’aide global élaboré selon leurs besoins. 

Notre objectif, c’est de sensibiliser et de lever les freins des seniors face au numérique. Notre connaissance affinée de leur situation et la proximité induite par l’évaluation peuvent permettent de les convaincre de l’intérêt de se former, en particulier ceux dont nous avons l’occasion de réévaluer la situation d’une année sur l’autre.

Et même si l’accompagnement numérique fait partie pour certains seniors des actions de prévention recommandées, nous faisons souvent face à deux points de blocage : la dépriorisation des actions de prévention liées au numérique par rapport à d’autres actions « essentielles », et la réticence des seniors à aller vers des actions collectives d’inclusion numérique.

Les aides financières, dédiées à la prévention de la perte d’autonomie et perçues par les retraités sont souvent dédiées en priorité à d’autres besoins que la formation au numérique. En effet, le budget de ces forfaits préventions est limité, et consacré au financement d’actions de prévention essentielles au maintien à domicile telles que l’aide au transport, la livraison de courses, l’inscription à un club, le jardinage, les petits travaux, le portage de repas, l’acquisition d’aides techniques, les soins de pédicurie, etc.

Certains retraités peuvent également être réticents à se rendre aux accompagnements collectifs proposés. L’appréhension d’exposer ses carences et ses difficultés lors d’un atelier collectif est le principal motif de rejet exprimé.

Michel Guiral, président de la commission action sociale de la Carsat Languedoc-Roussillon, remet à Brigitte, retraitée, sa tablette numérique.

Mais des initiatives fonctionnent et plaisent. Nous avons par exemple participé, par nos repérages et nos orientations, à l’expérimentation élaborée par la Carsat Languedoc-Roussillon, qui visait à équiper des retraités en tablettes et à les initier pendant 6 heures aux compétences numériques de base et aux usages du quotidien. 

Cet accompagnement individuel et personnalisé, adapté au public âgé et mis en œuvre au domicile des retraités par le biais de l’association Ma Vie a connu un franc succès parmi les participants. L’acquisition de ces connaissances fondamentales peuvent permettre de lever l’appréhension suscité par les ateliers collectifs dédiés au numérique et par conséquent d’y intégrer des retraités qui en étaient initialement exclus. Il est essentiel d’imaginer et de développer d’autres projets de ce type.

Les Bons Clics : Comment pensez-vous que les besoins numériques des séniors vont évoluer dans les années à venir ?

Grégory Michel : Il sera intéressant d’observer l’évolution des besoins de la nouvelle génération de seniors. Les baby-boomers utilisent bien plus internet et ont des usages numériques plus développés que les seniors plus âgés que nous évaluons aujourd’hui. Ils n’auront pas nécessairement les mêmes besoins numériques et nous devrons sûrement faire évoluer nos recommandations en réponse. 

Il existe notamment un vrai enjeu de désinformation chez les seniors les plus jeunes. Il nous arrive de plus en plus souvent de rencontrer des retraités présents sur les réseaux sociaux, confinés dans des bulles informationnelles, et qui peuvent tomber sous influence néfaste. Le besoin d’actions de prévention pour les séniors, orientées sur le développement de l’esprit critique et le bon usage d’internet, va aller grandissant avec le changement de génération.

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