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« La ressource mise à disposition, c’est le conseiller ou la conseillère numérique, et non pas la connexion et l’équipement » – Mickaël, conseiller numérique dans l’Orne

Dans l’Orne (61), la Communauté de communes du Pays de Mortagne-au-Perche rassemble 33 collectivités pour environ 15 000 habitants. Disposant depuis 2007 d’un EPN (Espace Public Numérique) labellisé par la Région Normandie, la communauté de communes a souhaité recruter un conseiller numérique en début d’année. Une offre « tombée au bon moment » selon les déclarations de Jean-Claude Lenoir, le président de la Communauté de communes, à Ouest France.

Les conseillers et conseillères numériques constituent en effet une option séduisante pour les communes rurales souhaitant agir pour l’inclusion numérique. Financé sur deux ans à hauteur de 50 000 euros, le recrutement d’un conseiller ou d’une conseillère reste ouvert jusqu’à ce que tous les postes soient pourvus, et se clôturerait au plus tard début 2022.

Comment se déroule l’arrivée d’un conseiller numérique ? Comment structurer une offre d’accompagnement pertinente en milieu rural ?

C’est avec ces questions en tête que WeTechCare s’est entretenue avec Mickaël, conseiller numérique dans l’Espace Public Numérique (EPN) de la communauté de communes du Pays de Mortagne-au-Perche.

Espace Public Numérique de la Communauté de communes de Mortagne-au-Perche, où Mickaël, conseiller numérique, réalise ses ateliers.
L’EPN de la Communauté de communes de Mortagne-au-Perche©Normandie Connectée

WeTechCare : Quels sont vos publics ? Comment les orientez-vous vers l’EPN ?

Mickaël : Cela fait trois semaines que l’EPN a été rouvert au public et, pour l’instant, j’accompagne principalement des publics seniors. Mais avec ma structure nous avons envie de forcer le destin, et d’amener d’autres publics vers l’EPN, comme les entrepreneurs locaux par exemple, mais aussi les jeunes, car tout le monde est concerné par le numérique – et d’autant plus ceux qui vont continuer à grandir avec.

J’ai commencé mes premiers ateliers avec deux jeunes de onze et treize ans. Je les ai initiés à la programmation, et je les forme aussi à l’utilisation des données. Ils n’ont pas encore conscience des enjeux derrière la protection de leur image ou de leur vie privée.

Côté professionnels, je viens de recevoir ma première demande ce matin. Les ateliers seront notamment orientés vers des questions de RGPD (ndlr : règlement général sur la protection des données), mais aussi sur la gestion des données en général. J’accompagne aussi certains employés de la communauté de communes autour de la bureautique, sur le traitement de texte et du tableur notamment : ce sont des outils quotidiens, mais qu’on ne maîtrise pas toujours parfaitement.

Après tout, le numérique reste un outil et, pour gagner du temps avec, il faut savoir – et apprendre à – s’en servir comme il faut.

Pour l’instant, nous communiquons au travers des journaux locaux ou régionaux. C’est pratique pour les publics seniors qui les lisent, mais pour toucher d’autres publics, je vais directement aller à leur rencontre, qu’il s’agisse des plus jeunes dans les collèges et les lycées, ou des entrepreneurs. Je crois qu’il faut se déplacer physiquement.

WeTechCare : Pourquoi avoir choisi le métier de conseiller numérique dans la communauté de communes du Pays de Mortagne-au-Perche ?

Mickaël : J’ai toujours été intéressé par le numérique, mais je n’avais pas mis le pied dedans professionnellement. Je viens moi-même de la région et, après avoir beaucoup voyagé, je voulais rentrer chez moi. L’annonce de recherche m’a donc semblé parfaite : c’était l’opportunité de faire un premier pas dans le domaine, et de travailler au plus près de ma communauté.

J’ai commencé à la fin de l’hiver et, après un mois dans ma structure, j’ai suivi la formation pour devenir conseiller numérique. Durant douze semaines, à raison de cinq jours par semaine et de sept heures par jours, j’ai été formé en visioconférence. Les formateurs étaient géniaux, et j’ai rencontré des collègues avec qui je suis encore en contact, mais 420 heures de formation en distanciel, c’était dur.

Après la formation, j’ai pris une semaine pour me caler et on a ouvert l’EPN ensuite, début septembre.

WeTechCare : Comment se structure votre offre d’accompagnement vers le numérique ?

Mickaël : J’ai différents temps dans ma semaine : le mardi et le jeudi après-midi, par exemple, sont dédiés à des ateliers d’initiation en groupe. C’est également possible de réserver des créneaux d’accompagnement individuel, le lundi et le vendredi après-midi et le mardi matin.

Le programme des matinées de mercredi et de jeudi est dû à un partenariat avec l’hôpital : il s’agit d’aider les personnes en service d’addictologie. La matinée de lundi sera réservée aux professionnels, et celle du vendredi à des ateliers thématiques. J’ai essayé des ateliers pour les seniors sur des thématiques précises, mais ça n’a pas trop pris, donc je les ai remplacés par des ateliers ouvert à tous et toutes autour de thèmes comme la sécurité en ligne.

Il me reste des temps de gestion administrative, de préparation des ateliers et de veille. De manière générale, je garde en tête que la ressource mise à disposition des habitants, c’est le conseiller ou la conseillère numérique, et non pas la connexion et l’équipement. Donc je fais tout mon possible pour les rendre autonomes.

Concernant les démarches en ligne, je n’en fais pas : Mortagne-au-Perche dispose d’un espace France Services, à cinq minutes à pied, avec des conseillers habilités Aidants Connect.

WeTechCare : Les personnes que vous accompagnez viennent-elles toutes de Mortagne-au-Perche ou également des communes alentour ? Quels sont leurs premiers retours ?

Mickaël : Une bonne partie des personnes que j’accompagne viennent de Mortagne-au-Perche, mais c’est aussi parce que c’est la commune la plus peuplée. C’est encore le début, mais plusieurs personnes sont venues de Pervenchères, à une quinzaine de kilomètres de l’EPN.

Et quoiqu’il arrive, les habitants sont toujours contents de voir quelqu’un. Et les seniors, qui sont assez occupés, sont heureux de pouvoir bloquer des créneaux individuels : ça rentre dans leur emploi du temps.

Deux des participants à un atelier que j’animais étaient très satisfaits à la fin. La troisième, un peu moins, car la séance était relativement compliquée : j’expliquais entre autres ce qu’était un cookie. Il faudra seulement un peu de temps pour ajuster les ateliers aux différences de niveau, mais les retours que j’ai depuis trois semaines restent tout de même très positifs.

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