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L’essor des services financiers numériques dans le monde

Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec La Banque Postale, et fait partie d’une série d’articles destinés à accélérer l’inclusion financière par le numérique. Retrouvez les autres articles ici !

1,7 milliard de personnes dans le monde n’ont pas accès aux services financiers de base. Pour ces dernières, et d’autant plus pour les femmes  – relativement plus exclues du système bancaire que les hommes –, le numérique peut devenir un important vecteur d’émancipation, permettant de payer, d’être payé, d’emprunter et d’épargner. A cet égard, la pandémie a accéléré, notamment sur les continents africain et asiatique, la numérisation déjà entamée des services financiers. 

Services financiers digitaux

L’inclusion financière par le numérique : un enjeu majeur en pleine crise sanitaire

Le FMI (Fonds monétaire international) définit l’inclusion financière comme « l’accès à et l’usage de services financiers formels », parmi lesquels figurent notamment le compte courant, le crédit et l’épargne. C’est pourquoi l’exclusion financière présente des risques plus larges d’exclusion durable du tissu économique, empêchant par exemple de s’endetter pour lancer une entreprise, un projet ou encore payer des études.

« Quand vous n’avez que du cash, c’est à vous de vous arranger. Si le fils de la famille travaille dans une grande ville et qu’il veut envoyer de l’argent, il doit trouver quelqu’un qui le transporte physiquement, ça va coûter cher et il y a un danger que l’argent n’arrive pas. »

Konstantin Peric, directeur adjoint des services financiers pour les personnes démunies pour la Fondation Bill et Melinda Gates, au micro de Lien Multimédia en octobre dernier

Or, comme le souligne le FMI dans un rapport dédié, les services financiers numériques permettent aujourd’hui de payer autant que d’emprunter. Ces services donnent aussi aux gouvernements la possibilité d’aider, comme ce fut le cas au Pérou ou en Namibie durant les épisodes de confinement, les citoyens et les entreprises de manière rapide et sécurisée. C’est notamment pourquoi, pour l’institution, “l’inclusion financière par le numérique pourrait jouer un rôle important dans la mitigation de l’impact social et économique de la crise sanitaire en cours”. 

« Dans le contexte de la pandémie, il est devenu clair que la tendance vers une numérisation accrue des services financiers n’est pas prête de s’inverser. Afin de bâtir des sociétés inclusives (…)  les dirigeants à l’échelle nationale et internationale devraient combler le fossé numérique entre les pays et au sein de ceux-ci pour tirer parti des services financiers numériques ».

Fonds Monétaire International, La promesse des fintechs : l’inclusion financière numérique au temps de la COVID (Juillet 2020)

Parmi les services financiers digitaux figure notamment l’argent mobile (mobile money en anglais). Faisant du téléphone une voie d’accès privilégiée aux services financiers, l’adoption de l’argent mobile s’est largement accélérée en raison de la crise sanitaire. 

Mobile money : le téléphone portable comme voie d’accès aux services financiers 

L’argent mobile désigne une offre de services financiers, par un opérateur de télécommunications ou un de ses partenaires, permettant de stocker et de transférer de l’argent depuis un téléphone portable. Ces services peuvent être facilités par des agents dédiés, ou directement liés à un compte bancaire. Aujourd’hui, on dénombre sur le continent africain plus de 150 systèmes d’argent mobile et plus de 105 millions de comptes liés, expliquant en partie pourquoi les agents de services financiers numériques y seraient treize fois plus nombreux que les agences bancaires et les distributeurs. 

Le Kenya s’est affirmé très tôt comme le pays pionnier en matière d’inclusion financière par le numérique. En 2007, ce pays est-africain a mis en place M-Pesa, une plateforme de transferts monétaires qui permet aux personnes munies d’une pièce d’identité de réaliser des opérations monétaires depuis leur téléphone, même sans connexion internet. Aujourd’hui, 83% des Kényans ont ainsi accès aux services financiers, contre environ 26% au début de la décennie. Si des limites persistent, le dernier rapport économique du KIPPRA (institut public de recherche et d’analyses du Kenya) conclut ainsi que “l’arrivée des services financiers depuis les téléphones portables a transformé les systèmes financiers au Kenya, aidant plus de personnes à accéder aux services financiers”. 

M-Pesa est « une transformation fondamentale pour atteindre ces populations qui peuvent être à des centaines de kilomètres d’une branche ou d’un ATM, dit-il. Avec le téléphone, c’est très simple, pas besoin d’Internet, juste un signal GSM. Une innovation frugale qui marche très bien. »

Konstantin Peric, pour Lien Multimédia (octobre 2020)

Le Kenya n’est pas le seul pays à mettre en œuvre une politique d’inclusion financière par le numérique. S’il est pionnier, beaucoup de pays, comme le Libéria, le Ghana, le Koweït, le Myanmar ou encore le Paraguay, ont adopté des mesures de réduction des frais et de relèvement des plafonds pour les transactions réalisées grâce au mobile money. Au Rwanda, ces transactions étaient cinq fois plus nombreuses en avril 2020 qu’en début d’année, et le nombre d’utilisateurs réalisant des transferts d’argent par ce biais a triplé, passant de 600 000 utilisateurs avant le confinement à 1,8 million à la fin d’avril.

Services financiers digitaux : faire rimer inclusion numérique et financière 

L’accès aux services financiers digitaux se heurte toutefois aux manques de matériel, de connexion stable et/ou de formation au numérique. Le FMI met ainsi en garde : le manque d’accès à “des téléphones portables, à des ordinateurs ou à internet pourrait entraîner de nouvelles formes d’exclusion, qui pourraient [à leur tour] être exacerbées alors que la transition vers les services financiers digitaux accélère pendant et après la COVID-19”. 

Pour l’institution, les services financiers digitaux doivent être facilement accessibles, faute de quoi le soutien fiscal promis suite à la crise “n’atteindra pas les personnes les plus vulnérables et dans le besoin”. C’est pourquoi ce dernier doit “aller de pair avec un investissement dans l’infrastructure digitale, et [une importante promotion] de l’alphabétisation numérique et financière”

Certaines initiatives nationales répondent déjà à l’appel. En Colombie par exemple,  la Surintendance Financière développe, en partenariat avec l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), un système de correspondants bancaires pouvant se rendre directement au domicile des habitants des zones rurales du pays, où la couverture réseau est faible ou inexistante. Encore en phase d’expérimentation, ce programme vise à favoriser “l’accès aux services et produits financiers de manière agile et sécurisée” et à réduire ainsi “les fractures économiques” du pays, selon les termes du directeur du programme Finances Rurales de l’USAID, Asdrubal Negrete. 

Autre exemple : la ministre togolaise chargée de l’Inclusion Financière et de l’Organisation du Secteur Informel, Mazamesso Assih, a récemment déclaré que le Togo mettrait en place une banque digitale, non seulement pour “digitaliser les services financiers”, mais également pour “mettre en place une structure bancaire 100% digitale” capable de couvrir l’ensemble du territoire et résorber les inégalités numériques du pays.

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