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« Faire du numérique un tremplin pour les entrepreneurs en QPV » – Fred Nzomono (Axents)

Le témoignage de l’association Axents a été recueilli dans le cadre de l’accompagnement de WeTechCare auprès de Montpellier Méditerranée Métropole et du CCAS de Montpellier.

Plus de deux tiers des dirigeant.es de TPE seraient éloignés du numérique, soit près de 2,5 millions d’entreprises de moins de dix salariés, selon une étude réalisée en 2021 par la Banque des Territoires. Le numérique s’affirme pourtant comme un levier de croissance incontournable pour les entreprises, en particulier dans le contexte de la crise sanitaire. 

L’association Axents agit depuis 1989 en faveur de l’insertion socio-professionnelle des jeunes diplômés et des personnes éloignées de l’emploi au sein des QPV (quartiers prioritaires de la ville) de Montpellier et de Béziers.

Constatant les besoins émergents d’accompagnement autour du numérique, l’association Axents propose depuis 2020 un parcours spécifique à l’utilisation des outils et services numériques en lien avec le développement de l’activité économique.

Comment un acteur de l’insertion socio-professionnelle et de l’accompagnement à l’entrepreneuriat peut-il investir le champ de l’inclusion numérique ? Le numérique peut-il favoriser la réussite des porteurs de projets des QPV ?

C’est avec ces questions – et d’autres – en tête que le média Les Bons Clics s’est entretenu avec Fred Nzomono, directeur de l’association Axents.

QPV : l'inclusion numérique à destination des entrepreneurs
Au centre : Fred Nzomono, directeur de l’association Axents.

Les Bons Clics : L’association Axents porte depuis plus de 30 ans des actions d’insertion par l’activité économique et de formation. Quand et pour quelles raisons avez-vous investi le champ de l’inclusion numérique ?

Fred Nzomono : Depuis la démocratisation du statut d’auto-entrepreneur en 2009, nous constatons des difficultés chez les porteurs de projets qui vont au-delà de la conjoncture économique et de l’environnement social. 

Elles peuvent se caractériser par une certaine méconnaissance du milieu entrepreneurial, et l’on remarque particulièrement des lacunes en termes de stratégies commerciale et de communication :  les porteurs de projet peinent à se conformer aux nouveaux modèles économiques qui s’appuient sur le numérique.

Partant de ces constats, nous avons réfléchi à une offre d’accompagnement qui permettrait aux entrepreneurs de se rapprocher du numérique et d’en faire une opportunité pour le développement de leur activité.

La crise sanitaire de 2020 a coïncidé avec le lancement de nos ateliers numériques et a rendu la mise en place de l’action d’autant plus importante pour le maintien des activités, en particulier avec le click and collect.

Le lancement de nos activités d’accompagnement sur le numérique s’est fait avec le soutien de l’Union Européenne, de l’Etat, de la Région Occitanie, de la métropole de Montpellier, du Fonds pour le Développement de la Vie Associative (FDVA) et de la BPI [ndlr : Banque Publique d’Investissement].

Les Bons Clics : Comment se déroule l’accompagnement numérique d’Axents ? 

Fred Nzomono : Les ateliers numériques que nous proposons aux entrepreneurs ont plusieurs objectifs. Il s’agit tout d’abord de répondre au manque de maîtrise du numérique de certains chefs d’entreprise qui peuvent entraîner des problèmes de gestion. Nous voulons aussi répondre à leur manque de visibilité et à un besoin d’accompagnement dans la définition et le déploiement de leur stratégie d’entreprise.

Selon une enquête réalisée en 2020 par Axents auprès de 200 chefs d’entreprises localisées en QPV, 95% d’entre eux sont équipés de matériels numériques, mais 29% ne se sentent pas autonomes pour autant.

Pour les besoins de cette action, nous avons recruté un animateur numérique qui reçoit les porteurs de projets et chefs d’entreprises. Il les accompagne dans la prise en main des outils et services numériques.

L’animateur réalise des sessions d’information collectives, de sensibilisation sur plusieurs thèmes comme l’e-commerce, l’e-réputation, les réseaux sociaux professionnels ou encore la création de sites internet. Il organise aussi des ateliers, avec des plus petits groupes, pour les assister par exemple dans la création d’une page Facebook professionnelle, ou les initier à LinkedIn.

Le but n’est pas de transformer l’entrepreneur en webmaster, mais de viser une certaine autonomie et compréhension de sa part !

Nous portons aussi des ateliers d’appui, qui proposent des accompagnements plus personnalisés – presque au cas par cas – sur des sujets plus poussés. Ces ateliers concernent la création d’outils comme une charte graphique, une identité visuelle, une carte de visite ou encore la création et l’animation de son site internet vitrine ou marchand.

En parallèle des ateliers numériques, les autres médiateurs socio-économiques de l’association aident aux démarches administratives en ligne relatives à la création et à la gestion d’entreprise.

Ils accompagnent les chefs d’entreprises en difficulté – notamment des commerçants – dans leurs démarches auprès de l’URSAFF, des impôts ou encore de la CAF. 

Il faut savoir que quand l’administration s’est dématérialisée, certains commerçants – qui ne maîtrisaient pas le numérique – ont vraiment paniqué.  On a dû les accompagner dans la création de leur boîte mail et de leurs identifiants sur les plateformes administratives. 

On a la chance d’être situé à deux pas du marché de la Mosson à Montpellier, le bouche-à-oreille va très vite entre les commerçants donc on est connus de ces publics qui nous identifient très bien et nous sollicitent quand ils en ont besoin !

Les Bons Clics : Quels sont les profils des participants à ces accompagnements et comment sont-ils amenés à pousser les portes de votre association ?

Fred Nzomono : Les niveaux sont hétérogènes. On trouve des chefs d’entreprise qui ont conscience de l’importance de ces outils mais qui ont plutôt des problèmes de ressources, et qui sont enthousiastes à l’idée d’être accompagnés sur cette thématique. D’autres ont plus de mal à voir l’intérêt du numérique. La sensibilisation se concentre sur ces publics pendant les sessions d’information.

Nous rencontrons de moins en moins de demandes de la part de grands débutants.  Notre animateur numérique ne s’occupe donc pas vraiment des démonstrations sur la création d’adresses e-mail, d’identifiants pour les services publics en ligne. Nous préférons orienter ces publics débutants vers des structures qui font des formations de premier niveau.

En 2021, nous avons mené une action de sensibilisation et sur les 129 personnes, 78 étaient des femmes ! A la suite de cet événement, nous avons accueilli 33 chefs d’entreprises parmi lesquels 26 étaient des femmes. Les femmes entrepreneurs hors QPV nous ont également sollicités, notamment des coiffeuses à domicile. 

“[Le] public féminin a une vraie demande et un intérêt certain pour le numérique.”

Les Bons Clics : Quelles sont selon vous les actions prioritaires à mener pour accompagner autour du numérique les entreprises situées dans les QPV ?

Fred Nzomono : Je pense qu’il est important de faire un travail sur l’éducation entrepreneuriale, qui permettrait aux porteurs de projet de mesurer l’importance de la stratégie numérique mise en place, pour qu’ils en profitent au maximum par la suite. Nous restons un tremplin  pour eux !

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